L’eau au coeur de l’agriculture du futur ? La permaculture vue par Sepp Holzer

Il existe maintenant de nombreux ouvrages sur le concept de permaculture en français. Je n’expliquerai donc pas le concept dans cet article et vous renvoie vers ma critique du livre Permaculture de Perrine et Charles Hervé-Gruyer pour retrouver définitions et références utiles.

Dans une ferme de 44 hectares perdue dans les Alpes autrichiennes vit un agriculteur rebelle du nom de Sepp Holzer. Depuis plus de 40 ans, il travaille la terre ingrate de son domaine, situé entre 1000 et 1500m d’altitude, selon les principes de la permaculture, déjà longtemps avant que le terme “permaculture” ait été formulé par les Australiens Bill Mollison et David Holmgren.

Dans deux livres récemment traduits en France, La permaculture de Sepp Holzer et Désert ou paradis ?, Sepp Holzer nous initie à sa vision de l’agriculture naturelle. Il y raconte ses combats, ses expériences et fait partager ses connaissances et les résultats de projets de grande envergure qu’il mène maintenant à travers le monde pour reverdir des zones arides ou semi-arides grâce à sa méthode.

Une administration sous le joug de l’industrie agro-alimentaire

Son surnom d’agriculteur rebelle, il le doit à ses déboires avec une administration souvent peu encline à laisser les agriculteurs libres de leur choix pour l’usage ou non de pesticides, de méthodes de gestion des sols et de types de semences. Holzer dépeint très bien ses combats dans son premier livre et l’absurdité des méthodes de la révolution verte par rapport à l’intelligence de la nature.

Quand on lit son livre et ses explications sur comment la nature produit de la biomasse à des fins nourricières, on est presque choqué de voir combien l’administration d’un pays peut mettre de bâtons dans les roues de ceux qui veulent faire avec moins (moins de pesticides, moins de dépenses énergétiques) et mieux (pas de monocultures, un sol plus riche et fertile, une biodiversité accrue).

Le journaliste français Eric Tariant rapporte une anecdote qui en dit long dans un article sur Sepp Holzer : au département des subventions pour le bio du ministère de l’agriculture à Vienne on n’a jamais entendu parler de Sepp Holzer, alors que l’Autriche est en terme de surfaces agricoles utiles le premier pays du bio en Europe !

L’eau au coeur de la méthode de “permaculture Holzer”

La méthode de Holzer s’appuie sur le fruit de nombreuses années d’observation et consiste en l’argument suivant : la terre est fertile, riche en faune et en flore diverses et apte à nourrir l’homme avec des produits de qualité lorsqu’il y a un bon équilibre hydrologique de la terre.

Cette approche est intéressante car elle permet de concevoir des sites de production agricole dans des régions difficiles qui reçoivent peu d’eau ou au contraire beaucoup d’eau mais de manière irrégulière (avec la neige en altitude par exemple). Dans Désert ou paradis ? Holzer explique de manière très pédagogique comment créer des bassins de rétention, non-étanches mais qui vont néanmoins créer une étendue d’eau dans laquelle des poissons, des oiseaux et des insectes pourront vivre et s’épanouir. Si en plus ces bassins créent un réseau hydrologique sur plusieurs altitudes, on peut s’en servir pour générer de l’électricité.

L’eau en permaculture a de nombreuses fonctions : elle crée un microclimat et apporte de la biodiversité, elle renvoie la chaleur du soleil et bénéficie donc aux plantes qui poussent alentour, et elle peut servir de complément à la culture en permettant la pisciculture ou l’élevage de canards par exemple.

Cette attention extrême portée à l’eau et sa connaissance poussée des cycles naturels permettent à Sepp Holzer de petits miracles, comme de faire pousser des citronniers ou des pêchers à 1500m d’altitude par exemple. Pour cela, il utilise des pierres qui vont protéger la plante et la nuit, restituer la chaleur accumulée en journée pour empêcher la terre de geler en hiver. Et ceci n’est qu’une seule des nombreuses astuces auxquelles il a recours.

Pas de solution prêt-à-planter et un bon sens paysan bien développé

La contribution de Sepp Holzer à l’agriculture naturelle est à mon avis importante pour 4 raisons :

  • <son point de départ, l’eau, rend sa méthode adaptable à des terrains et climats arides ou semi-arides;
  • son expérience lui a appris que les variétés anciennes de semences et de bêtes, plus robustes, s’adaptent mieux aux conditions difficiles dans lesquelles il a toujours travaillé (et dans tous les cas, les variétés locales doivent être préférées aux semences utilisées un peu partout dans le monde);
  • sa méthode se veut expérimentale et s’adapte aux conditions locales qu’il faut bien connaître (il recommande d’ailleurs de faire analyser son sol, de dessiner des cartes topographiques, bref, d’avoir une connaissance quasi-scientifique de son terrain); enfin
  • sa méthode est également pragmatique, en bon paysan qu’il est, et s’il faut utiliser une excavatrice pour creuser un bassin de rétention ou créer des terrasses, il n’a aucun scrupule à utiliser des machines et du pétrole. Ce qui n’est pas le cas de nombreux agriculteurs qui travaillent en permaculture ou en agro-écologie, pour des raisons philosophiques.

La lecture de ses livres est aisée et très instructive. De nombreux diagrammes permettent de comprendre comment fonctionnent les principes permaculturels qu’ Holzer décrit dans le livre (buttes de culture, cultures en terrasses, cultures verticales, etc.). Il serait néanmoins trompeur de croire que sa méthode peut être mise en oeuvre facilement après lecture de ses livres. On sent bien que pour réussir son projet permaculture il faut l’oeil avisé d’un connaisseur comme lui, ou au moins une longue pratique du terrain, de sa terre et de son climat, dans un esprit curieux et ouvert.

Mêler tradition et modernité pour reverdir les déserts

Aujourd’hui Sepp Holzer a laissé la gestion de la ferme à son fils et se consacre à des projets pour reverdir des zones arides un peu partout en Europe et dans le monde.

La méthode Holzer fonctionne sous les tropiques également (en Amérique latine, en Thaïlande) et elle n’est pas sans rappeler certaines techniques culturales traditionnelles africaines comme le Zaï pratiqué au Burkina Faso.

Je conseille la lecture de ces deux livres, en particulier le second, à tous les experts en agriculture durable impliqués dans des zones arides ou semi-arides. La méthode a non seulement fait ses preuves d’un point de vue économique, mais elle assure de l’emploi (la ferme de Holzer emploie 4 personnes) et au lieu d’appauvrir les sols et la biodiversité, elle les enrichit.

Ressources pour en savoir plus sur Sepp Holzer et sa méthode de permaculture : 

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