Préparer ses enfants à la survie : idées reçues, connaissances et techniques

“De nos jours, on peut survivre à tout, sauf à la mort.”
– Oscar Wilde

Apprendre à vos enfants à survivre dans des conditions difficiles, cela peut paraître la dernière de vos priorités, et pourtant, dans des cas très rares mais absolument critiques, cela peut leur sauver la vie. Par contre, cela ne doit pas venir comme un cheveu sur la soupe, pendant un #BrusselsLockdown ou suite à des attentats terroristes par exemple.

Il s’agit d’un <strong>principe éducatif que vous devez distiller quand l’occasion se présente, lors d’une balade en montagne, confrontés à un accident de voiture, lorsque les enfants entendent parler d’un incendie grave ou d’un tremblement de terre dans un pays lointain. Vous prenez cet apprentissage à coeur ? Tant mieux ! Par contre, vous manquez cruellement de pratique ou même de connaissances dans le domaine ?

Pas de souci : le but de cet article est de partager avec vous des idées reçues, des connaissances essentielles et des techniques éprouvées que j’ai glanées avec mon compagnon depuis près de 20 ans, lors de nos barouds à travers le monde, avec et sans enfants, lors de stages de survie et suite à des recherches personnelles (les  plantes sauvages comestibles, les plantes sauvages médicinales, etc.).

Les idées reçues

En mer, les oiseaux annoncent une terre proche ? La vodka réchauffe en cas de grand froid ? Et bien non, ce sont des idées reçues qui peuvent vous coûter cher en situation de survie. Par contre, oui le chocolat est un aliment très recommandé pour la survie, si si je vous assure 🙂

Voici un florilège d’idées reçues corrigées et classées par thématique. Vous pouvez le transformer en quiz pour vos enfants et les tester sur leurs connaissances en faisant du sport, en montagne, en mer ou dans tout contexte en rapport avec un des thèmes.

Les connaissances indispensables pour la survie

Avoir un P.L.A.N

En situation de survie, il faut toujours avoir un P.L.A.N, comme dans:

  • Protection : avant tout, protégez-vous d’éventuels dangers.
  • Localisation : signalez-vous afin que l’on puisse venir vous chercher (un miroir, un bout de verre ou une lampe de poche sont très utiles)
  • Approvisionnement : seulement après, partez en quête d’eau et de nourriture.
  • Navigation : repérez où vous êtes et les signes qui vous permettront de retrouver votre campement ou votre abri. 

Ce sont les quatre actions de base que vous devez entreprendre si vous êtes perdu et seul. Vous pouvez apprendre cet acronyme à vos enfants et leur expliquer ce que chaque étape implique.

Si vos enfants ont 8 ans et plus, vous pouvez leur faire faire un petit exercice pour ancrer les connaissances de cet article : cela s’appelle Perdus dans le désert après un crash d’avion et les leçons de l’exercice sont très instructives.

Si vos enfants ont moins de 8 ans, vous pouvez aborder les notions de survie et les gestes essentiels en leur lisant Le Petit Prince et en leur demandant comment ils réagiraient s’ils étaient à la place de l’aviateur, puis introduire petit à petit des notions de survie.

Boire

Boire est un besoin vital et la soif souvent la première cause de mort en situation de survie. Un humain peut tenir environ 3 jours sans boire, mais tout dépendra bien sûr du contexte (chaud, froid, humide, sec, nourriture ou non…).

Dans la nature, loin des villes, de l’eau qui coule est généralement buvable mais à part en montagne, elle n’est pas propre. Dans toute l’Europe l’eau courante et les sources sont infectées par des bactéries qui donnent mal au ventre et une bonne diarrhée. Il faut donc la faire bouillir ou la filtrer avec du sable ou mieux, du charbon de bois pilé.

L’eau de pluie et la rosée sont également potables.

Apprenez à vos enfants lorsque vous vous promenez en forêt à repérer une source (une humidité au sol et des plantes telles que le cresson de fontaine sont des signes).

Ne sucez pas la glace, elle a tendance à déshydrater et donne la colique. 

Manger

En balade dans la nature, apprenez à vos enfants à reconnaître des plantes sauvages comestibles courantes dans votre région. En Europe, il s’agit du pissenlit, du plantain, de la pâquerette, de la campanule, mais aussi de tous les arbres et arbustes fruitiers que l’on connaît plus ou moins bien. Les enfants adorent faire des découvertes culinaires en forêt, mais soyez sûr de vous avant de leur faire goûter une plante !

Je recommande le très bon livre Plantes comestibles : Cueillette & recettes des 4 saisons que même mes enfants ont plaisir à feuilleter.

Les champignons sont à déconseiller, c’est trop difficile de se souvenir de ceux qui sont comestibles et ceux qui sont toxiques.

Laissez tomber l’idée de leur apprendre à faire du feu par eux-mêmes : c’est vraiment difficile quand c’est la première fois qu’on s’y prend, même en ayant une très bonne connaissance théorique de la chose. 

Quel enfant ne s’est pas amusé à construire une cabane en forêt avec quelques branches et des feuilles ? Faites ressortir le scout en vous et apprenez-leur à construire un abri, dans les règles de l’art. Voici un bon exemple en vidéo, même si vos enfants ne se promènent évidemment pas avec une scie dans leur sac 🙂

Avoir une couverture de survie dans son anorak ou sa veste imperméable est toujours une bonne idée ! 

Se protéger

Sachez que vos enfants ne doivent vraiment pas craindre les bébêtes s’ils doivent passer du temps dehors dans la nature, surtout pas en Europe. Leur pire ennemi sera sans doute un moustique un peu trop collant.

C’est une autre affaire dans les pays tropicaux, et prenez conseil auprès des locaux pour expliquer aux enfants les dangers des animaux, essentiellement celui des serpents.

Se soigner

Si les plantes comestibles courantes sont assez faciles à identifier pour les enfants, c’est un peu plus compliqué et risqué pour les plantes médicinales, mais vos enfants pourront facilement utiliser les plantes suivantes, en usage externe uniquement (de gauche à droite et de haut en bas sur le visuel ci-dessous) :

  • l’achillée millefeuille arrête les saignements – utilisez-là directement sur vos coupures
  • la consoude officinale est très efficace en cataplasme contre les brûlures et les coupures
  • l’ortie est un tonique puissant et elle est bourré de sels minéraux et de fer. Pour la consommer sans l’effet de brûlure, il faut rouler les feuilles à partir de l’extérieur, puis les mâcher longuement.
  • le plantain est une plante très polyvalente : en plus d’être comestible, le plantain est super pour soulager les piqûres d’insecte (appliquez-en préalablement mâché sur les piqûres) et aide aussi en cas de rhume, rhume des foins, toux, asthme, sinusite, diarrhée, constipation et j’en passe. Un produit miracle que l’on prend trop souvent pour une mauvaise herbe 🙂
  • l’ail des ours, version sauvage de l’ail, est un puissant antibactérien et antifongique, mais attention à ne pas confondre les feuilles d’ail et celles de muguet, ce dernier étant très toxique !
  • le thym est antiseptique et sert à nettoyer les blessures : vos enfants le reconnaîtront facilement à son odeur typique.    

Vos enfants seront fiers de connaître ces remèdes de grand-mère, mais rappelez-leur qu’ils ne doivent jamais goûter une plante sauvage qu’ils ne connaissent pas, même en situation de survie. 

Les techniques de survie dans la vie de tous les jours

Maintenant que vos enfants ont acquis la confiance en eux-mêmes pour faire face à des situations de stress intense (la résistance au stress est une bonne connaissance à acquérir pour les enfants, mais ce sera pour un autre article :-), voici quelques instructions à connaître par coeur, et à répéter avec eux régulièrement.

Faites-en un quiz, racontez-leur des histoires de survivants et demandez-leur de réagir, ou si vos enfants ont déjà une bonne résistance au stress et de bonnes connaissances de la survie, vous pouvez en faire un jeu de rôle. Je déconseille cependant de les mettre en condition quasi-réelle de type simulation car cela peut induire chez certains enfants un stress inconscient et malsain et les faire douter de leur zone de confort habituelle. Ne mettez donc en pratique les gestes et les instructions suivantes que si dans votre ville, dans votre région ou dans votre contexte particulier l’un de ces événements est tout fort probable.

Mais n’oubliez pas : un jour, vos enfants quitteront leur nid douillet et s’ils voyagent à l’étranger ou s’ils déménagent dans un pays lointain, les connaissances et instructions que vous aurez partagées avec eux dans l’enfance pourront un jour sauver leur vie ou celles de personnes dans leur entourage.

Premiers soins

Parlez-en avec vos enfants et s’ils sont intéressés, encouragez-les à participer à un cours de premiers soins. Il y en a très peu pour les enfants malheureusement en France et en Belgique en tous cas, et c’est bien dommage.

Les bases devraient être enseignées à l’école, au cours de gymnastique par exemple. Si vous connaissez des sites bien faits sur ce sujet, prévenez-moi !

En cas d’incendie

3 gestes à connaître en cas d’incendie pour chaque enfant :

  • appelez ou faites appeler les pompiers au 112 (numéro d’urgence européen)
  • si l’incendie est au-dessus de vous, il faut sortir par la sortie la plus proche, en se mettant un mouchoir humide sur le nez et en restant le plus proche possible du sol
  • si l’incendie est au-dessous de vous ou sur votre palier, fermez toutes les portes et bouchez les avec des tissus mouillés. Manifestez-vous ensuite à la fenêtre.  Le site http://defifeu.fr”>defifeu.fr propose une très chouette vidéo faite avec des Lego pour expliquer ces instructions aux enfants :

En cas de tremblement de terre

Là encore 3 gestes à connaître pour que vos enfants puissent réagir correctement en cas de tremblement de terre :

  • là où vous êtes (par exemple, si vous êtes en voiture, restez-y, elle vous protégera en cas d’effondrement de bâtiments) et protégez votre tête avec vos bras.
  • Si vous êtes à l’intérieur, placez-vous près d’un mur porteur ou d’une colonne porteuse, ou sous un meuble solide.
  • Si vous êtes à l’extérieur, éloignez-vous des fils électriques et de tout bâtiment susceptible de s’effondrer.  Cette vidéo montre comment les enfants japonais se préparent en cas de tremblements, malheureusement assez fréquents au Japon.

En cas de départ précipité de chez soi

A l’école de mes enfants, quand ils ont accueilli des réfugiés en octobre, ceux-ci ont demandé aux enfants de réfléchir à ce qu’ils emporteraient s’ils devait quitter leur maison et leur pays pour toujours.

Mes enfants – qui ont entendu leur père raconter son stage de survie en forêt – savaient que la chose la plus importante à emmener avec soi est de l’eau.

Rappelez-vous les besoins premiers de l’être humain : boire, manger, être à l’abri, être en bonne santé. L’argent et votre téléphone portable ne seront pas utiles très longtemps, mais de l’eau, un petit canif ou un couteau, de la corde et de quoi faire du feu, et luxe ultime, une petite trousse de secours, cela vous donnera plus d’autonomie à vous ou à votre enfant quand l’argent sera dépensé et que vous n’aurez plus de batterie de téléphone.

En cas d’attaque à main armée dans un lieu clos

Le dernier point qui suscite  un vif débat est celui de la bonne réaction en cas d’attaque armée contre une école ou un lieu clos dans lequel se trouvent vos enfants.

Pas question de simulation ici, mais encore une fois des règles simples pour que les enfants sachent quoi faire, diminuent leur niveau de stress et gagnent du temps dans une situation totalement hypothétique statistiquement et extrêmement dramatique. Les trois C – courir, se cacher et combattre – ne sont pas vraiment d’actualité pour des enfants.

S’ils sont au cinéma, dans une salle de classe ou une station de métro, ils ont tout à intérêt à chercher à fuir quand c’est possible, ou à se cacher, en pensant à :

  • immédiatement se plaquer au sol et ramper vers un endroit protégé, sous un bureau ou une cage d’escalier, derrière une armoire ;
  • garder le silence ;
  • s’ils le peuvent, baisser les volets ou stores de la pièce et bloquer la porte d’entrée à l’aide d’un meuble lourd.  Malheureusement, il n’y a vraiment rien de plus à leur dire à ce sujet, mais si vous voulez plus de détails ou des témoignages, vous en trouverez sans peine sur Internet. A ne pas mettre entre les mains de vos enfants !

Avez-vous appris des choses en lisant cet article ? Si oui, alors vous devez les partager avec vos enfants, avec vos proches, pour qu’eux aussi puissent transmettre ces techniques et ainsi, peut-être, sauver des vies. 

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