Tour d`horizon des campagnes de Sarkozy et Hollande sur les reseaux sociaux
Ce weekend, j’ai enfin pris le temps de regarder plus en détail la présence sur les réseaux sociaux des deux candidats à la présidentielle les plus probables au deuxième tour, François Hollande et Nicolas Sarkozy.
Ci-dessous, quelques réflexions sur la symbolique de leur présence et ce qu’elle dit – sous forme de non-dits – du programme et de la personnalité des deux candidats. L’idée est d’aller au-delà des simples chiffres pour analyser leurs interactions, leurs préférences et leur persona virtuelle.
Le duel Hollande-Sarkozy en chiffres et en lettres
Voici une infographie des résultats des deux candidats sur les quatre réseaux sociaux principaux : Facebook, Twitter, Youtube et Flickr, à la date du 18 février 2012.
De manière mathématique, les réseaux où Hollande compte le plus de fans sont ceux où il a commencé avant Sarkozy (en général depuis l’été 2011), mais l’inverse est également vrai, notamment sur Facebook, où Sarkozy bénéficie de l’effet « président de la République en activité ». Rappelons que Nicolas Sarkozy a lancé sa campagne le 14 février 2012.
Mais il n’y a pas que les chiffres qui comptent. Voici ce qui se dit au sujet des deux candidats sur Twitter le même jour (grâce à l’excellent outil de tracking neoformix.com) :
Analyse de la persona virtuelle de Francois Hollande
Commençons par François Hollande, candidat du parti socialiste, crédité de près de 31% d’intentions de vote dans le dernier sondage publié par BVA pour RTL. François Hollande a l’avantage d’avoir commencé plus tôt ce qui explique sa prépondérance en termes quantatifs, notamment sur Twitter. Au-delà des chiffres, il est intéressant d’étudier les ratios et l’interactivité du candidat, ainsi que le contenu qui est partagé sur ces réseaux sociaux.
Sur Twitter
- Au vu des chiffres, on pourrait penser que François Hollande et son équipe de campagne ont compris l’usage et le potentiel du médium. Malheureusement, malgré une position indéniable de « leader d’opinion » avec un score Klout de 78, Hollande utilise Twitter comme une machine électorale à pousser des slogans. Dans les 50 derniers tweets, pas une seule interaction avec ses abonnés, pas de retweet, seulement trois liens http et un lien vers une image.
- Les mots les plus utilisés (voir le nuage de mots ci-dessous reprenant les 50 derniers tweets du candidat) sont, outre le hashtag de campagne #fh2012, la France, les Français, j’ai, aimer, finance et sarkozy. Une campagne très classique donc, axé sur l’opposition à un président en exercice et des valeurs traditionnelles. Le thème de la finance est plus d’actualité encore que dans les autres campagnes présidentielles de la gauche, crise de l’Euro oblige.
Sur Facebook
- Sur Facebook, c’est mieux, 80% des posts ont un lien vers le site de campagne de Hollande ou vers un album photo, plus rarement vers une vidéo. La page de Hollande suit également l’actualité d’une vingtaine d’autres pages Facebook « sympathisantes ».
- Le niveau d’interaction avec le public est là encore nul (aucun échange entre le candidat et les internautes dans les commentaires), même si Hollande s’en tire mieux que Sarkozy proportionnellement car ses posts ont en moyenne autant de partages sur Facebook que ceux de Sarkozy. Avec 10 fois moins de fans, cela dénote la nature comparativement plus virale de son contenu Facebook.
- En termes de personnalisation, la page Facebook de Hollande propose deux onglets spécifiques, l’un pour accueillir le visiteur et l’autre pour présenter son programme. Il faut cliquer sur J’aime pour avoir accès à ce dernier, ce qui montre que l’équipe web de campagne sait développer sur les réseaux sociaux, mais en même temps dénote une drôle de politique électorale, où la captation de fans sur Facebook est plus importante que le partage de ses convictions et de son programme… No comment.
Sur Flickr et Youtube
- Si l’espace Twitter et Facebook est occupé par François Hollande avec plus ou moins de compréhension des mécaniques de partage de contenu, il n’en est pas de même sur les réseaux de partage de photos et de vidéos. Là, Hollande joue de son avance, car il offre bien plus de contenu aux visiteurs (33 vidéos contre 6 pour Sarkozy, 1803 photos contre 51 pour Sarkozy).
- Ce qui frappe, par contre, c’est le peu de soin dédié à ces deux réseaux de partage. Le profil Flickr de Hollande ne mentionne même pas qu’il est candidat à l’élection présidentielle mais seulement aux primaires citoyennes ! Quant à la chaîne Youtube, elle n’est pas personnalisée et ne favorise pas du tout la viralité des contenus, contrairement à celle de Sarkozy qui porte haut les couleurs du candidat de l’UMP.
Analyse de la persona virtuelle de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy, dont la tactique de lancement de campagne a fait beaucoup jaser, n’a pas certes l’avantage du temps, mais celui de la réputation et de la position établie. Même avant sa candidature, le buzz autour de son nom est quatre fois plus important, si l’on considère les chiffres de Topsy, un outil pour mesurer les conversations en ligne, pour le 18 février. En effet, alors que « Sarkozy » est mentionnée 11 000 fois en 24h dont 8 800 fois en français, « Hollande » récolte 2 736 mentions, dont 2 483 en français.
Analysons donc ce qui ressort de la présence sur les réseaux sociaux de Nicolas Sarkozy.
Sur Twitter
- Pour rappel, Nicolas Sarkozy annonce sa candidature sur Twitter avant de l’annoncer en direct aux Français sur TF1 mercredi dernier.
- D’emblée, le compte de Sarkozy se distingue de celui de Hollande car il est plein de retweets, c’està-dire de citations d’autres utilisateurs de Twitter, soit en référence directe à un tweet du Président, soit qui commentent son actualité ou le félicitent. Les codes sociaux de Twitter sont bien exploités et Sarkozy utilise (enfin son équipe de campagne plutôt) Foursquare pour indiquer où il se trouve, et Instagram pour partager des instantanés de sa campagne électorale.
- Par contre, là aussi pas de dialogue avec les internautes, peu de liens hypertexte dans les tweets, et des phrases qui ressemblent à des slogans et pas à une réflexion sur les problèmes qu’affrontent la France et les Français.
- Il semble que le hashtag #FH2012 ait fait des émules puisque Sarkozy propose de son côté un #NS2012 qu’il utilise à tout bout de champ. C’est d’ailleurs le mot le plus utilisé dans ses tweets récents, avec France, français, son propre nom, Marseille, meeting (actualité oblige). Il est curieux de noter que le mot « grand » arrive deux fois plus souvent dans ses tweets que le mot « forte », mais je vous laisse le soin d’interpréter cela…
- Ce qui est par contre beaucoup plus intéressant à analyser, c’est la liste des 10 premières personnes que Nicolas Sarkozy a suivi sur Twitter. L’Elysée en premier (il se suit lui-même donc, quel bel exemple de narcissisme !), puis Barack Obama et David Cameron (l’atlantisme sarkozien bien connu), puis d’autres chefs d’Etat ou de gouvernement et en 10ème position Nathalie Kosciusko-Morizet, sa porte-parole de campagne. Ce qui est intéressant c’est que dans cette liste de 8 chefs d’Etat, seuls 2 sont européens, et celui représentant l’Europe (Herman van Rompuy) arrive en 7ème position. Autant dire que l’Europe n’est pas une priorité de cette campagne.
Sur Facebook
- Là, encore, l’équipe de campagne de Sarkozy fait la preuve de son savoir-faire sur les réseaux sociaux, car outre une page Facebook « historique », Sarkozy a également droit à un profil Facebook avec le fameux timeline, un historique en images qui retrace les moments forts de sa carrière mais aussi de sa vie (naissance des enfants, etc, mais pas l’épisode Cécilia par exemple).
- Le problème de ce timeline Facebook, suivi par plus de 33 000 abonnés, est qu’il n’apparaît ni sur Google quand on tape « Nicolas Sarkozy » ni sur Facebook lui même avec les mêmes mots clés. Il y a donc encore du travail à faire pour que cet outil supplémentaire serve réellement à communiquer avec les citoyens et n’est pas seulement un coup médiatique, puisque sur ce terrain, Sarkozy innove clairement dans le paysage politique français.
- La page Facebook ne se distingue pas en usage de celle de François Hollande : proportionnellement au nombre de fans, les contenus sont moins viraux que sur celle de Hollade, elle est moins partagée également en termes relatifs (les … qui en parlent sur l’infographie). Sur les 20 postes que j’ai parcourus, je n’ai vu aucun commentaire de Sarkozy ou de son équipe de campagne et aucune interaction entre l’homme et les internautes.
- Un outil de push donc, et pas un vrai médium d’interaction avec les électeurs. D’ailleurs, toutes les fonctionnalités communautaires avancées (comme l’identification sur les photos) ont été mises en veille. Mais plus qu’un manque de ressources (douteux de la part de quelqu’un capable d’investir 20 millions d’euros dans une campagne électorale) cela traduit un manque d’intérêt pour l’interaction avec le citoyen, une manière très 1.0 finalement de faire de la politique.
Sur Flickr et Youtube
- Autant l’usage et la personnalisation sur Flickr sont minimalistes (il n’y a même pas de description dans le profil du candidat Sarkozy), autant Youtube est faussement élaboré.
- La chaîne Youtube de Nicolas Sarkozy a certes une livrée à l’image de son site de campagne mais aucun des éléments de la navigation n’est interactif (or c’est possible si l’on se réfère à la très belle chaîne de la NASA).
- Pire, tous les éléments d’interaction et de partage ont été désactivés à part le « J’aime » et « J’aime pas » sur chaque vidéo, ce qui enlève tout côté viral aux vidéos. D’ailleurs, la vidéo du discours de Sarkozy récolte 302 vues alors que la vidéo d’André d’Annecy sur les 35h récolte près de 9 000 vues. Comme quoi, le succès n’est pas là où on l’attend !
Deux campagnes en ligne qui varient sur la forme, mais similaires sur le fond
En conclusion, Sarkozy fait de sa campagne en ligne un élément de son marketing de campagne – « regardez comme je maîtrise les réseaux sociaux », alors que François Hollande, de son propre aveu selon cet article de Geeko, ne s’intéresse pas vraiment à sa campagne « virtuelle », qui du coup, le devient également.
La présence de Sarkozy sur les réseaux sociaux dénote certes une belle maîtrise de l’outil, d’ailleurs obtenue de manière plus ou moins légale si l’on en croit les dernières polémiques sur la timeline de Facebook ou les comptes Twitter parodiques supprimés, mais elle cache mal, à celui qui creuse un peu, le manque d’originalité et de compréhension des nouvelles dynamiques de réseaux en ligne. Pour un habitant de la planète web, pour un jeune né en 1994, qui a toujours connu un monde avec Internet, et qui va voter pour la première fois cette année, les deux campagnes ont un fort goût de 1.0 et de paternalisme vieux jeu.
Où sont les débats d’idées en ligne, où est la possibilité de contribuer de manière active au projet présidentiel des deux candidats, où est l’écoute en ligne, vertu tant prisé sur les réseaux sociaux ? On n’atteint même pas, en originalité et en exploitation du potentiel du web, la machine de guerre déployée par Barack Obama en 2008. A observer ces deux campagnes depuis la Belgique et par le biais du Net, on est choquée par l’importance démesurée que prend la personne du candidat au détriment du projet du candidat. La démocratie ne s’en porte certes pas mieux.
PS : on a déjà pas mal glosé sur les sites des candidats, aussi n’ai-je pas intégré cette dimension dans mon analyse. Je me contenterai d’indiquer deux pistes de recherche supplémentaires – le choix de l’URL, très symptomatique des deux candidats, et la pauvreté de l’optimisation pour la recherche (SEO) des deux campagnes en ligne…
1 Comment
Leave a comment
Blog Categories
Hi there!
Recent posts
I also blog at
Blog archives
- mai 2012 (2)
- mars 2012 (2)
- février 2012 (4)
- janvier 2012 (1)
- décembre 2011 (3)
- novembre 2011 (1)
- octobre 2011 (5)
- septembre 2011 (4)
- août 2011 (6)
- juin 2011 (1)
- mai 2011 (1)
- avril 2011 (1)
- décembre 2010 (1)
- novembre 2010 (1)
- octobre 2010 (2)
- juillet 2010 (3)
- juin 2010 (1)
- mai 2010 (3)
- avril 2010 (3)












I'm Aurelie Valtat and this is my personal site. I use it to share my work, ideas, writings and recommendations on digital communications, the future of diplomacy, EU affairs, public innovation, travelling and life in general. 
Est-ce que tu sais que Sarkozy a suivi le compte fake de Mario Monti?
Il l’a découvert plus tard, mais il leur a fallu quelques jours pour ca.
Ici la nouvelle, désole seulement in Italien:
http://www.corriere.it/esteri/12_febbraio_20/sarkozy-twitter_258b9518-5be0-11e1-9554-12046180c4ab.shtml